La folle équipée de M. Henri Mathey, prisonnier Anthony Bolton?…

Son avion abattu, fait prisonnier, blessé par un obus allié, Henri Mathey est donc emmené à l’hôpital pour être soigné.

Henry Mathey en pull blanc

Henri Mathey et son « fameux » pull over blanc….

« Je me rétablis rapidement. Mon objectif : m’évader. Les camarades me prennent pour un fou : « Retourner dans l’enfer des combats pour sauter sur une mine, c’est de la démence ». Ma décision est prise. Un soir, je récupère mes vêtements, et change mon pull trop voyant contre un chandail plus discret. Par la fenêtre du second étage je me laisse glisser le long du câble du paratonnerre… étrange impression de respirer à nouveau l’air de la liberté. Pendant deux jours je tente de me rapprocher de la ligne de front, me guidant aux lueurs de la bataille. En pleine nuit une sentinelle allemande me repère, je ne puis lui échapper. Repris, je suis remis entre les mains d’un vieux briscard de la Volkstum avec mission de me conduire à un centre de regroupement de prisonniers. Sans méfiance le brave homme chemine à mes côtés, revolver à la ceinture, il maudit la guerre dont il attend la fin avec impatience. En traversant un bois désert, l’idée me vient…pourquoi ne pas le tuer en m’aidant d’une de ces grosses pierres qui jalonnent la route ? et m’enfuir. Idée fugace : impossible de tuer l’homme de sang froid. Notre marche continue. Au détour d’un chemin, j’assiste, dans un vacarme d’enfer, au départ à la verticale d’un V2 destiné à l’Angleterre. Une vision impressionnante, démoralisante. Rien à voir avec les V1 que j’avais déjà contemplés, déferlant sur Londres.

Plus tard, en compagnie d’autres soldats prisonniers, sous bonne escorte cette fois, je traverse les décombres de Manheim bombardé et totalement rasé. Vision hallucinante. Les camps de transit et de triage se succèdent avant mon arrivée au Dulag Luft de Frankfurt, un centre d’interrogation où sont regroupés les aviateurs de toutes nationalités abattus sur le front de l’Ouest.

Me voici Anthony Bolton

Je suis jeté dans une cellule de 4 m sur 2, meublée d’une paillasse posée sur le sol, éclairée d’une seule lucarne à la vitre dépolie munie de barreaux. Ni chauffage, ni électricité, ni eau. Sinistre! Pendant 48 heures de solitude je ne vois que le garde qui m’apporte le matin un horrible mélange couleur café, à midi une assiette de mauvaise soupe, et le soir un morceau de pain et de l’eau. Coupé du monde, je n’entends dans le couloir que des portes qui claquent, des bruits de bottes, des cliquetis d’armes, des ordres hurlés par les Allemands. Je n’ai plus le moral dans cet univers inquiétant.

Au troisième jour, tiré de ma cellule, un officier de la Lutwaffe me reçoit. Très courtois, il m’accueille en anglais _

« Well Sir, vous voilà dans nos murs…Vous n’avez pas eu de chance…Mais vous verrez que tout va bien se passer ».

Me voici un peu rassuré. Dans la perspective que j’estimais toutefois hautement improbable d’être abattu et fait prisonnier, j’avais mis une stratégie au point. Ne voulant pas passer pour un franc-tireur _ ne sommes-nous pas les traîtres de l’armée gaulliste condamnés à mort par Vichy, puisque la France a signé l’armistice avec l’Allemagne ? _ ni attirer des ennuis à ma famille, j’avais décidé de me faire passer pour un Anglais en devenant Anthony Bolton. Pourquoi Anthony? Parce que je trouvais que c’était un prénom élégant. Un choix qui devait se révéler désastreux!

« Well Sir, reprend mon interlocuteur, what is your name?

– Anthony Bolton » et mon accent rend bien mal la prononciation du fameux th anglais. Peu importe, mon interrogateur parle un mauvais anglais :

« Grade, numéro matricule, unité, lieu de capture », les questions se succèdent. Je me contente de décliner mon nom « Anthony Bolton », mon grade « Pilot officer » et un faux numéro matricule : « 13221 ». pour le reste, me référant aux conventions de Genève, régissant les prisonniers de guerre, je reste muet, ce qui suscite la colère de celui qui me questionne. Retour en cellule et 48 nouvelles heures de solitude précédant un nouvel interrogatoire par le même officier, suivi d’un nouvel isolement au cachot ».

Henry Mathey aviateur

A suivre : prochaine parution le samedi 21 juillet 2018. M. Henri Mathey prisonnier….

Sources : documents familiaux, revue Icare; photos tous droits réservés.