La Maison de Paille des Chaprais (à l’angle des rues des Chaprais et de la Liberté)

Les bisontins l’appellent « la maison de paille »! Or il s’agit d’un immeuble ! Nous allons donc essayer d’expliquer le sens de cette dénomination. Et comme nous ne sommes pas tout à fait certains de nos tentatives d’explication, comme dans nos « Café Histoire », nous espérons que nos lecteurs apporteront les informations complémentaires nécessaires!

Maison de paille rue des Chaprais en 1931

La maison de paille en 1931

Dans une interview réalisée par Vivre aux Chaprais et publiée sur le site le 7 avril 2015, M. François Tholomier, entrepreneur, installé au rez de chaussée de cet immeuble (son local est aujourd’hui en vente…), précise :

« ../.. A l’origine, il y avait un bâtiment de deux étages, bombardé durant la première guerre mondiale et qui a souffert d’un incendie. L’immeuble a été rehaussé et agrandi à une époque où les matériaux étaient rares et chers. L’immeuble a été reconstruit avec une ossature béton et les murs intérieurs et les cloisons sont en paille selon un procédé allemand original avec un traitement pour que ça ne prenne pas feu ../.. ».

Voici, dans les actes notariés, comment est décrit cette propriété :

« Un immeuble sis à Besançon, rue des Chaprais N° 22 et 24, et rue de la Liberté N° 15 et 17, à usage d’habitation et de commerce, comprenant :

1) Un bâtiment, dit bâtiment A, pour partie en bordure de la rue des Chaprais et pour partie faisant l’angle entre cette dernière rue et la rue de la Liberté, composé d’un rez de chaussée et cinq étages, élevé sur caves voutées.

2) Un bâtiment dit bâtiment B donnant sur la cour existant entre ce dernier bâtiment et le bâtiment A, composé d’un rez de chaussée et deux étages élevé sur caves ». 

L’origine de la propriété est ainsi précisée :

« ../.. L’immeuble ci-dessus désigné appartenait en propre à Monsieur Raymond Courbet, ancien négociant, demeurant à Besançon, 8 rue des Martelots, époux de Madame Charnottet, pour lui avoir été donné par Monsieur Edmond Félicien Hyppolyte Courbet, son père, ancien négociant, demeurant à Besançon 28 rue de la Cassotte, par acte notarié le 6 septembre 1928″…

« ../.. L’immeuble fut ensuite acquis par Monsieur Léon André Camelin, industriel, demeurant à Besançon,  18 rue de la Préfecture….suite à une saisie convertie en vente volontaire. »…

… »le 27 octobre 1938, suivant acte passé au greffe du tribunal civil de Besançon, Monsieur Charles Jean Baptiste Colisson fit une surenchère du dixième .. » (10%), comme la loi le lui autorisait. Une nouvelle adjudication, sur enchère, eut lieu le 27 décembre 1938 et M. Cote-Colisson qui habitera cet immeuble, en devint propriétaire pour la somme de 572 200 francs.

maison paille 01 (2)

L’immeuble comportait alors, sauf erreur de notre part 19 appartements et 13 caves dans le bâtiment A. Le bâtiment B était composé de 17 caves, 11 remises et deux locaux de 2 pièces en rez de chaussée; on comptait encore 5 greniers et 6 chambres au premier et 2 greniers et 6 chambres mansardées au 2° étage. Le règlement de la copropriété spécifiait toutefois que les caves et les greniers, pouvaient être réunis par leur propriétaire en un seul.

La Maison de Paille des Chaprais (photo Alain Prêtre DR).

 

Ce règlement témoigne des modes de vie d’alors et peut apparaître, par certains aspects, surprenants aujourd’hui! Jugez plutôt…

« Les locaux composant l’immeuble devront conserver la destination bourgeoise à l’exclusion de tout commerce, industrie ou profession, cercle, dancing, théâtre,  cinématographe, clinique, maison de santé ou de soins particuliers.

Il ne pourra être exercé dans l’immeuble aucun cours de musique ou de chant, ni aucun état ou profession qui produirait pour les voisins du bruit, de la mauvaise odeur ou un trouble quelconque ou qui choquerait les bonnes moeurs…. »

« Toutefois il pourra être exercé dans l’immeuble une profession de la nature de celles dites  libérales…et s’il s’agit d’un docteur, mèdecin ou chirurgien qu’il ne soit tenu aucune clinique ni aucu laboratoire d’expériences et qu’il ne soit employé de rayons X ou de substances radio actives. Les médecins ayant la spécialité de soigner des maladies contagieuses ne seront pas acceptés dans l’immeuble.

L’apposition de toute plaque extérieure à quelque endroit que ce soit, même à la porte palière est rigoureusement interdite.

Les perroquets et autres animaux criards seront interdits dans la maison; les chiens de petite taille seront tolérés.

Il ne pourra être cassé ni bois ni charbons dans les appartements.

Il ne pourra être mis sur les fenêtres et balcons aucun pot de fleur, caisse cage ou autre objet pouvant nuire à la propreté ou au bon aspect de la maison ni être étendu de linge. »…

Pendant les gelées il ne pourra être jeté aucune espèce d’eau dans les plombs, pierre d’évier ou autres conduits évacuant les eaux dans les tuyaux exposés à la gelée ».

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La dénomination « maison de paille » a très vite été adoptée par les bisontins. Non seulement à cause du matériau utilisé pour les murs et cloisons intérieures mais aussi du fait de la coque en béton, procédé de construction alors nouveau, qui semblait fragile aux yeux de la population.

Lors d’une demande de peinture des façades de cet immeuble, il est indiqué par l’entreprise qui sollicite l’autorisation, auprès de la mairie, d’établir un échafaudage, qu’il s’agit de la maison de M. Cotte dite « maison de paille ».

maison de paille (permis

 

Sources : Mesdames  Anne-Sophie Andriantavy et Eveline Toillon, Messieurs François Tholomier et Jean-Pierre Gavignet. Archives municipales.

Les trois photos de la maison de paille aujourd’hui sont d’Alain Prêtre (DR).