A propos de l’exposition aux Archives Départementales du Doubs, « C’est mon choix », les problèmes de sécurité, une question historique et très politique?

Les Archives Départementales du Doubs consacrent aux « élections politiques dans le Doubs du Moyen Age à nos jours » une exposition très intéressante visible jusqu’au 9 février 2018.

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Au delà des explications sur l’origine du droit de vote et l’apparition du suffrage universel, un panneau a retenu toute notre attention.

Celui représentant une photo agrandie d’une coupure de presse de l’Est Républicain du 1er mars 1983. Nous sommes alors en pleine campagne électorale pour les élections municipales à Besançon, comme ailleurs ( 6 et 13 mars 1983). Le quotidien régional avait alors choisi de poser un certain nombre de questions aux têtes des 4 grandes listes qui s’affrontaient alors.

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Il s’agit là de la question n°7 concernant les problèmes de sécurité. :  » Certains quartiers de Besançon sont devenus difficiles à vivre. Sur ce sujet les personnes inquiètes veulent des réponses concrètes. Quelles sont les vôtres? »

Les quatre têtes de liste, Robert Schwint pour « Ensemble pour Besançon », liste d’union de la gauche, Michel Bittard pour « Union de l’opposition », liste d’union de la droite, Alain Fousseret pour « Besançon-Ecologie » et Gérard Maillot pour « La voix des travailleurs contre l’austérité, extrême gauche, répondent.

A noter que M. Robert Schwint se présentait pour la seconde fois, puisque élu dès le premier tour en 1977, à la tête d’une liste d’union de la gauche,il avait remplacé le maire sortant Jean Minjoz qui ne se représentait pas.

Sur sa liste figurait un jeune Jean-Louis Fousseret, frère d’Alain, tête de liste de Besançon-Ecologie.

Les propositions faites par les différents candidats pourraient certainement être reprises, en partie, aujourd’hui…

Ainsi, pour le candidat de l’union de la droite :

« Quel mot employer à Besançon? Sécurité ou Insécurité? De l’aveu même de la municipalité sortante, les vols par effraction progressèrent de 20% entre 1980 et 1981, les vols à la roulotte de 33%, les vols de véhicules de presque 10%. Chaque jour 10 à 12 bisontins sont victimes de malfrats…/…

…De plus incontestablement la petite délinquance est liée à des phénomènes dans lesquels une saine gestion municipale pourrait apporter des solutions : univers de béton, chômage, climat social, difficultés économiques, morosité ambiante… »

Réponse pour le candidat de gauche R. Schwint :

« S’il est un sujet important c’est bien celui de la sécurité car il touche au quotidien de la vie des habitants. Nos adversaires de droite ne s’y trompent pas eux qui distillent des propos inquiétants et des statistiques alarmistes.

Il importe de ne pas se laisser abuser…/… La grande criminalité a diminué à Besançon, la moyenne et petite délinquance ont augmenté de façon analogue à celle des années précédentes. Ce bilan une fois dressé, il importe de trouver des solutions sans se limiter à une dénonciation stérile… » . Et d’évoquer les travaux de la commission Bonnemaison (du nom du député-maire d’ Epinay sur Seine d’alors) qui prône une politique nouvelle de prévention. Cette commission rassemblait  des maires des plus grandes villes toutes tendances politiques confondues.

Remontons encore un peu plus loin : il y a 50 ans, l’hebdomadaire catholique « Cité Fraternelle », dirigé par un chapraisien alors célèbre, le père Jacques Charrière  (voir à ce sujet l’article que nous lui avons consacré , le 20 juin 2015)éditait deux numéros spéciaux, en avril 1967,consacrés à la délinquance juvénile.

 

cité fraternelle 4 16 avril 1967

 

 

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Extraits de l’éditorial :

 » L’effrayant accroissement de la délinquance juvénile est le signe évident de graves déficiences dans notre société et ses modes de vie. Le heurt entre les civilisations traditionnelles et les nouveautés de la civilisation industrielle brise les structures qui ne s’adaptent pas aux conditions nouvelles…./…

…On doit prévoir une crise qui secouera l’univers civilisé. Elle ne sera ni politique, ni nucléaire, ni économique mais morale.

L’homme cherchera de nouvelles raisons de vivre »….

 

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Quelques chiffres et commentaires  cités par cet hebdomadaire :

« 1966:  Besançon 115 000 habitants.

40 000 mineurs.

10 000 de 16 à 21 ans ». Souvenons-nous que la majorité est alors, encore, à 21 ans.

 » 242 mineurs inculpés : 230 français, 12 étrangers; 222 garçons, 20 filles.

« Mais tous sont récupérables déclare le commissaire Roland Pidoux (voir, à son sujet, l‘article que nous lui avons consacré  le 2 août 2017)

En 1966, 12 seulement des 242 mineurs inculpés étaient des récidivistes. 80% d’entre eux s’amendent avant de devenir des adultes. »

Les 16/21 ans représentent 80% du total.

Pourcentage de délinquance juvénile 24 pour 1 000. »

« En réalité les 10 000 jeunes peuvent être considérés comme étant en danger moral quels que soient le niveau de vie et le comportement à leur égard de leurs parents.

 » Délinquance en hausse de plus de 54% par rapport à 1965 (même progression dans de nombreuses villes) ».

 

cité fraternelle 8 les 10 000 jeunes en danger 2

 

 

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Article paru dans l’Est Républicain le 17 octobre 2017

Aujourd’hui (statistiques 2015), selon les statistiques diffusées, les faits délictueux constatés, quels que soient les âges se situeraient dans une moyenne de 270 par mois, soit environ 9 par jour à Besançon.

 

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Pour le quartier des Chaprais/Cras si ces faits de délinquance n’atteignent pas encore un par jour (environ 25 par mois en 2015?), le sentiment d’insécurité dépasse les 20% dans l’opinion des habitants. Ce qui est beaucoup, bien sûr… Mais c’est le pourcentage le moins élevé de tous les quartiers de la ville! Et l’on sait depuis les travaux du criminologue, M. Sebastian Roché, que ce sentiment d’insécurité se nourrit de faits réels ou fantasmés mais aussi des trop nombreux actes d’incivilité constatables au quotidien, par chaque habitant, dans son quartier….

La question de la sécurité ou de l’insécurité n’est certes pas nouvelle comme le montre ce petit retour sur le passé.

Si elle n’est pas centrale, aujourd’hui,  dans notre quartier, elle ne devrait pas, cependant, être négligée.

Il est annoncé le retour d’une nouvelle police de sécurité au quotidien, pour laquelle Besançon est candidate, quant à son expérimentation.  Les missions de cette police devraient être connues d’ici la fin de l’année.

Celle-ci apportera-t-elle une amélioration de la situation? Quelle place sera accordée à notre quartier dans ce dispositif?

Sources : Archives Départementales du Doubs, Archives Diocésaines, Ville de Besançon observatoire de la sécurité, Est Républicain.