Suite 4 des souvenirs de M. Jules Devernay, ancien habitant de la Cité Parc des Chaprais

M. Jules Devernay est enfermé avec des centaines de camarades dans un camp de prisonniers en Pologne.

Je tombe sur un Lagermeister (adjudant d’administration) comme patron ; il a 6 ou 7 mômes et moutarde à la maison, une cinquantaine de berges et pas du tout chaud lapin pour son patron Adolf. Nous allions donc bien nous entendre.

Après quelques jours d’observation, réciproques, nous comprenons que nous pouvons nous faire confiance: il est réserviste, il n’est pas fortuné, il serait mieux avec sa marmaille et sa femme à la maison. Je serais mieux aussi chez moi et surtout je serais plus satisfait si je pouvais faire marcher plus souvent mes mâchoires.

Un jour, il m’apporte les culottes de ses gosses… Elles sont usées sur les bancs de l’école et aussi sur les chantiers de jeunes. Avec de vieilles frusques de l’Armée Allemande, je lui fabrique des toutes nouvelles culottes.

poz culotte 001

Oh ! Pas pour rien ! Tout se paie en kilos de pain et en paquets de cigarettes.

poz cigarettes 001

 Par la suite , je suis sollicité par des copains pour leur faire des pantalons et des sacs à dos dans nos ex toiles de tente de l’Armée Française ; je ne cherche pas à savoir pourquoi ils veulent se mettre en tenue de toile et porter le sac, mais il commence à y avoir quelques absents aux appels du matin. Les Allemands les voient, puisqu’ils ne les voient plus (ça c’est pas trop mauvais ! je suis content de moi)  et je rigole dans ma moustache , que je n’ai pas. Ce surcroit de travail m’oblige à demander du renfort à mon Lagermeister, tant en hommes qu’en matériel, car il faut s’organiser. En plus des fonds de culotte il faut fournir des tuyaux d’échappement.

Quand je quitte le camp, nous étions une dizaine de tailleurs à l’atelier et avions 6 ou 7 machines à coudre, des stocks prévisionnels en toile de tente et en toile de paillasse. Je fais mes Adieux aux copains et mon Lagermeister m’apporte en cachette, une grosse musette de vivres et quelques paquets de cigarettes.

« Au Plaisir de nous revoir «  nous nous retrouverons ailleurs plus tard, mais dans d’autres circonstances plus GRAVES.

Je suis transféré cette fois à Wollstein (Wollstyne en Polonais) où je me remets à nouveau  sous la protection des Petits Suisses ;

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Wollstein

je fais le lézard, ce qui n’est pas du tout du goût de ces messieurs qui tenaient le haut du trottoir; je n’y fais donc pas de vieux os et l’on décide, enfin quand je dis « l’on décide » ce sont les copains de la petite moustache et de la grande mèche qui décident pour moi, de m’envoyer faire un tour à la Frontière Russe.

C’est là que j’ai l’occasion de voir à peu de distance de ce nouveau camp le Mémorial  d’Hindenburg de Tannenberg, puisque je suis arrivé à Königsberg en Prusse Orientale (actuellement Kaliningrad en Russie).

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Mémorial de Tannenberg

Malheureusement, dès mon arrivée les Allemands attaquent la Russie ! Ca Caille ! Il fait moins 42° au soleil, comme à l’ombre, et les Allemands, sans doute pour réchauffer l’atmosphère, attaquent les Russes au lance-flammes ! Quel désastre pour les premiers Russes, je les ai vus mais je ne vous en parlerai pas car ce n’était pas beau à voir !

lance flammes

La suite du récit de M. Jules Devernay sera publiée le 23 août 2017.