La visite du président de la République, Alexandre Millerand, à Besançon, en 1923

Troisième visite de président de la République à Besançon, celle d’Alexandre Millerand.

Millerand Alexandre

Qui est cet homme politique? Né le 10 février 1859 à Paris, son père est originaire de Haute-Saône. Après des études de droit, il deviendra avocat d’affaires, puis journaliste. Il est élu député de la Seine en 1885, à l’âge de 26 ans. Il siège alors à l’extrême gauche. Mais dès 1899 il rejoint le gouvernement de Défense Républicaine de Pierre Waldeck Rousseau. Il sera ministre du commerce, de l’industrie, des postes et télégraphes de 1899 à 1902. Puis ministre de la guerre de 1914 à 1915. Il devient alors profondément patriote et sera élu président de la République en 1920, et ce jusqu’en 1924.

Son déplacement à Besançon s’inscrit dans un grand voyage officiel dans l’Est de la France qui s’étalera du 25 mai au 3 juin 1923.

P1040265

Il commence par le Jura puisqu’il s’agit de célébrer le centenaire de la naissance du grand savant Pasteur. Aussi il est à Dole puis Lons le Saunier le 26 mai, puis à Arbois, Salins et enfin à Besançon, le dimanche 27 mai où il arrivera par le train, en gare Viotte à 16h45.

millerand programme besançon dimanche 27 mai 1923

A l’annonce de sa venue à Besançon, les communistes n’oublient pas que Millerand fut proche du courant révolutionnaire. D’où le titre ironique de l’affiche qu’ils font placarder sur les murs de Besançon.

P1040245

Regroupés au sein de la SFIC (Section française de l’Internationale Communiste), créée après le congrès de Tour de 1920, ceux-ci sont très actifs dans le mouvement ouvrier.

La « Une » de leur tout nouveau journal Le Semeur daté du vendredi 25 mai 1923 est sans équivoque à son sujet : pour eux A. Millerand est « un renégat ».

P1040223

De fait les rapports de police se succèdent afin d’informer le préfet des intentions des militants communistes. Il est évoqué la possibilité d’acheter des sifflets! Et l’on trouve ce rapport extraordinaire du commissaire de police de Besançon, en date du 26 mai 1923,  qui indique : « … Les communistes bisontins se proposaient de vendre ce journal sur le parcours du cortège officiel. Mais je me suis entendu avec le dépositaire et j’ai acheté en bloc les 500 numéros qu’il avait reçus.

La Bourse du Travail de Besançon en a reçu directement par la poste une centaine de numéros que je tâcherai de faire acheter lorsqu’ils seront vendus sur la voie publique… »

P1040244

 

Il est vrai que sont aussi surveillés, à l’extrême droite, Les Camelots du Roi. Mais un autre rapport figure aux archives départementales : il passe en revue tous les élus et personnalités influentes certainement invitées aux différentes phases de ce voyage présidentiel. C’est ainsi que le maire de Besançon, Charles Krug recueille les observations suivantes :  » M. Krug, maire de Besançon, radical modéré, très actif, grande compétence administrative, officier de la Légion d’Honneur au titre Pensions, d’origine nancéienne. faiblesse : trop d’esprit, critique. » Mais cette dernière mention est rayée d’un trait de plume.

Autre mention concernant le marquis de Moustier, sénateur, Entente Républicaine :grosse influence départementale, immense fortune (industries métallurgiques et charbonnages en Belgique); ancien Président du conseil général, type du rallié, modéré, excellent homme d’affaires, chef de la Droite du département, en continuelle difficulté avec les libéraux et surtout L’Éclair Comtois. Assez souffrant depuis un an. »

Relevons également, parmi les hommes politiques ou personnalités examinés dans ce rapport, M. Gaulard : » Président de la Chambre de Commerce de Besançon. Très dévoué à sa charge et malgré son grand âge, prodigue des efforts incroyables pour le développement de la Chambre. »

 

P1040276

 

A son arrivée à la gare Viotte, répondant au mot d’accueil du maire, M. Millerand déclare : « Je suis heureux de me retrouver dans cette ville de Besançon que je connais et que j’aime ».

Et Le Petit Comtois rapporte : …« La pluie bisontine qui est revenue (est-ce l’effet des salves d’artillerie?) salue de façon bien maussade l’apparition du Président sur le perron. le public bisontin devait un dédommagement à M. Millerand : il va le lui donner en l’acclamant sur tout le parcours du cortège.

Tandis que les troupes présentent les armes, M. Millerand prend place dans la daumont (une voiture tractée par des chevaux) marquée aux armes de la République. M. Charles Krug, maire de Besançon est à ses côtés ainsi que M. Léon Bérard, ministre de l’instruction publique et Paul Strauss ministre de l’hygiène. Le général Dillemam, commandant les troupes du service d’honneur se place à la portière de la daumont et le cortège s’ébranle lentement….A ce moment la pluie redouble et c’est abrités tant bien que mal sous leurs parapluies que nos compatriotes saluent le chef de L’État. »

 

millerand 1933

 

De grandes manifestations ont été prévues à Besançon: outre le congrès des maires et celui des sociétés comtoises, cortège historique, cortège fleuri  , exposition de la collection Jean Gigoux, sans oublier, pour sa seconde année, la Foire Exposition Comtoise à Chamars.

 

Millerand

Et si le président de la République se déplace en ville dans une « daumont », c’est la première fois que le cortège officiel qui suit, est composé d’une quarantaine de voitures…automobiles…empruntées à leurs heureux propriétaires bisontins.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point dans notre prochain article.

Sources : archives municipales et départementales.