La visite, à Besançon, du président de la République Armand Fallières les 14 et 15 août 1910

De grandes fêtes s’étaient déroulées, à Besançon les 14, 15, 16 août 1909. Avec un grand concours de musique. Les sociétés musicales défilèrent d’ailleurs depuis la rue de Belfort et des concerts furent organisés, entre autres, à Micaud, place Flore et place de la Liberté. Ajoutons les deux inaugurations de statues : celle du général Jeanningros par le ministre de la Guerre, le Général Brun, et ce, à deux pas de la gare Viotte; et le buste de Just Becquet au parc Micaud.

Buste représentant le sculpteur Just Becquet réalisé par son élève Greber

Le succès de ces fêtes conduisit donc la municipalité à les renouveler en 1910 (le maire est alors Alexandre Grosjean, de 1906 à 1912; il est également sénateur sous l’étiquette du parti radical; une rue des Chaprais, proche de la gare, a été baptisée à son nom).

En 1910, ces fêtes se dérouleront durant 3 jours également, les 13, 14, 15 août. Mais le président de la République n’arrivera à Besançon que le 14 août au matin, par un train spécial. (voir également le billet en date du 9 août 2014).

Vieille carte postale ancienne éditée par la bière Gangloff représentant le président Fa

Il avait été précédé la veille par l’arrivée, par train, de M. Trouillot, ministre des colonies (par l’express de Lyon attendu à midi 09, mais arrivé à midi 35) et M. Sarraut, sous-secrétaire d’État à la guerre (par le train de Paris avec un retard insignifiant).

Voici ce que rapporte Le Petit Comtois dans son édition du 15 août 1910.

Photo de la "Une" du Partit Comtois du 15 août rendant ciompte de la visite à Besançon du président Fallières

« Il était exactement 8h15 quand le train présidentiel, dont la locomotive était ornée de trophées et de drapeaux, pénétra dans le grand hall de la gare où flottait une profusion d’oriflammes aux couleurs nationales.

M. Grosjean et M. Millereau, préfet, se portèrent à la rencontre de M. Fallières et lui serrèrent la main tandis qu’à la Citadelle résonnaient les premières détonations de la salve réglementaire des 101 coups de canon.

Le train présidentiel était composé de 9 voitures; il avait quitté Paris à 10h50 (du soir…la veille!). Mais M. Fallières n’était monté en wagon qu’à Juvisy, car hier encore, il était à Rambouillet.

Vieille carte postale représentant l'arrivée du président Fallières à la gare Viotte

M. Fallières et sa suite prirent place dans la salle d’attente des 3° classes, décorée magnifiquement de plantes vertes et d’orchidées.

M. Grosjean présenta alors les membres de son conseil municipal et prononça d’une voix émue, l’allocution suivante.

M.le président de la République, votre visite si impatiemment attendue nous comble de joie. Les populations de notre région, attirées par la respectueuse sympathie qui s’attache à votre personne, sont accourues de toutes parts et se pressent en foule sur votre passage pour vous acclamer.(à noter que des trains spéciaux avaient été organisés sur les lignes de Dole, Dijon, Belfort, Mouchard, Vesoul, Gray, Lods et le Locle!).

Au moment où vous mettez le pied sur le sol bisontin j’ai hâte de vous adresser au nom de la ville de Besançon tout entière les meilleurs souhaits de bienvenue.

Son conseil municipal réuni dans ce salon témoigne de l’unanimité des sentiments qui nous animent. il a désiré se joindre à moi pour saluer profondément le vénéré chef de l’Etat et le fidèle gardien de la Constitution du pays. Vive la France! Vive la République!

En réponse M. Fallières se déclara fort touché de la réception qui lui était faite. « Vous savez avec quel plaisir j’ai accepté l’invitation qui m’était adressée par votre cité. Je sais que je suis venu dans un pays profondément républicain. Je suis heureux de vous apporter le salut et les sympathies du gouvernement de la République. J’ai ajouté au programme un rayon de soleil; je souhaite qu’il dure jusqu’à ce soir ».

A ce moment M. Grosjean offrit à M. Fallières et aux ministres qui l’accompagnaient un superbe album relié en maroquin vert aux armes de la ville et contenant une belle série des photos des principaux monuments de Besançon ».

Car outre les deux ministres arrivés la veille, le président est accompagné de MM. Pichon, ministre des affaires étrangères, Viviani ministre du travail et Renoult sous-secrétaire d’Etat aux finances.

Le programme est chargé : 9h00, préfecture; 9h3/4 exposition internationale d’horticulture à Chamars, 10h30 inauguration officielle de l’avenue d’Helvétie par le passage du cortège présidentiel, puis inauguration du monument Proudhon au Rond Point des Bains, de l’hôtel des postes; banquet au Kursaal.

vieille carte postale représentant l'inauguration du monument Proudhon par le président Fallières

L’après-midi à 1h3/4 concentration rue de Belfort de 40 sociétés musicales (étrangères et locales) prenant part au défilé en direction de Chamars;

Vieille carte postale représentant la rue de Belfort décorée pour la visite du président Fallières la

de 3h à 4h30, concert de gala à Micaud; à 4h30 visite de l’exposition d’horlogerie dans les bâtiments des musées; 4h3/4 enfants malades à l’hôpital Saint Jacques; 5h1/4 festival musical et concours de pompes à incendie à Chamars avec défilé des sapeurs pompiers et 600 enfants des écoles; 9h (du soir) Fête Vénitienne promenade Micaud; 9h30 feu d’artifices et 10h30 bal place de la Révolution et dans les différents quartiers!

Enfin, ouf! départ le 15 août au matin, à 9h1/4 du président par l’avenue Carnot en direction de la gare.

Vieille carte postale représentant l'avenue Carnot lors de la visite du président Fallières

Ce qui n’empêche pas les fêtes de continuer, avec, entre autres un banquet des officiers de sapeurs-pompiers au Casino!

Ces 24h de présence de M. Fallières ont été intenses et sans incident notable. Il n’en sera pas tout à fait de même lors du voyage présidentiel, dans notre ville, en 1923, de M. Millerand.

Ce qui fera l’objet de notre prochain article.