Théâtre au CDN Hearing

Hearing : du théâtre iranien au CDN du 21 au 24 mars 2017

Texte et mise en scène Amir Reza Koohestani avec Mona Ahmadi, Ainaz Azarhoush, Elham Korda et Mahin Sadri

Hearing Iran
Dans un internat de jeunes filles, en Iran, le bruit court qu’une pensionnaire a introduit un homme dans sa chambre.

Dans l’internat, pendant les vacances, Neda aurait fait entrer son petit ami dans sa chambre et aurait rigolé avec lui. Pourtant, le bâtiment des filles et ses soixante chambres est une forteresse imprenable fermée à double tour, des barreaux aux fenêtres, régie par une discipline implacable. Un rapport écrit a, semble-t-il, été remis aux autorités, sans que l’on sache de qui il émane.

Amir Reza Koohestani construit Hearing autour de l’interrogatoire des filles par leur surveillante.
« Hearing », c’est l’ouïe, ce que l’on entend : personne n’a vu l’homme entrer dans le bâtiment, sévèrement gardé, mais l’une des filles a entendu rire à travers une porte. Ce que l’on entend, ce sont aussi les voix qui s’ébruitent sans qu’on sache qui les a fait circuler, et qui suggèrent l’ombre d’une surveillance diffuse et sans visage. « Hearing », c’est encore le mot qui désigne une audition en cour de justice, où l’on entend accusés et témoins s’expliquer, où les voix s’affrontent : comme au sein de l’interrogatoire représenté sur scène, comme dans le conseil de discipline qui pèse sur la jeune femme soupçonnée. Que peut le théâtre pour raconter une histoire dont on ne voit rien ? Une histoire dont personne n’a rien vu ? Que peut dire le théâtre de la surveillance quand, dans le pays de création, les premiers spectateurs sont des censeurs ? À propos d’une voix masculine, quatre voix féminines se font entendre, et entre les mots où s’entrecroisent vérité et mensonge, courage et mauvaise foi, affleurent les non-dits, les carcans et les espoirs de la société iranienne d’aujourd’hui.
 Spectacle créé en juillet 2015 à Téhéran
Comment un auteur peut-il contourner la censure ?

Ce que nous ne disons pas mais qui est entendu

Dans mon pays, lorsque je monte une pièce de théâtre, je sais pertinemment que mes premiers spectateurs ne sont pas ceux qui achètent leurs places aux guichets, mais quelques individus qui entrent par une porte dérobée et qui se désignent eux-mêmes comme le « Conseil de Surveillance et d’Évaluation ». Mes comédiens et moi-même n’ignorons pas qu’il s’agit des membres d’un comité de censure venus s’assurer que ma pièce ne met pas à mal leur société, et qui dissimulent leur véritable identité parce que leur fonction leur fait honte. Dans ces circonstances, au moment d’entreprendre un projet, quel qu’il soit, la première question qui se pose toujours est celle de savoir comment échapper une nouvelle fois au couperet de ce comité, tout en ouvrant le débat sur la société contemporaine iranienne à travers une pièce. […]
La question se pose toujours pour un artiste : préfère-t-il une approche frontale et radicale entraînant une suspension du spectacle à l’issue de la première représentation ou bien un jeu du chat et de la souris avec le Conseil de surveillance et d’évaluation ? En tout état de cause, cette année-là, même en voulant éviter la confrontation directe, il était difficile de se résoudre à monter une pièce de Shakespeare ou de Tchekhov. […]
Le spectateur, nourri par un flux constant d’information lui provenant du monde qui l’entoure, dispose amplement du bagage nécessaire pour lire entre les lignes des dialogues de la pièce et accéder aux différents niveaux de sens de l’oeuvre. […]
Par conséquent, en tant qu’auteur et metteur en scène, il faut toujours veiller, dans la conception de la pièce, tant dans le texte que dans la mise en scène, à maintenir un équilibre précis : suggérer juste assez pour inciter le spectateur à constituer le puzzle malgré les pièces manquantes, mais pas davantage, pour ne pas titiller les antennes des censeurs.
Ami Reza Koohestani in The Time We Share Reflecting on and through Performing Arts*

L’avis de Hervé Pons (Les Inrocks)

Ce théâtre intelligent, politique et d’une ascétique somptuosité est aussi un théâtre plaisant, joyeux en dépit de ce qu’il relate. C’est un théâtre fort où ce qui est en cause est l’homme aux prises avec lui-même, l’homme dans la cité. Ici, rien de dégradant n’est mis en jeu : pas d’affaires intimes, pas de questions d’argent, de sexe débordant. Aucun commentaire. Jamais un bon mot, jamais un prêche, jamais une dénonciation. Ce théâtre-là n’est pourvu d’aucun manichéisme qui opposerait les sociétés démocratiques et les autres, les bons et les méchants, le Nord et le Sud. Il y a au coeur de ce théâtre sans folklore et indéniablement inscrit dans la société iranienne d’aujourd’hui un argument inattendu, une critique sociale qui mène hors de l’ennui des stéréotypes et mobilise le ressort le plus secret du plaisir : la subtilité.
 
Durée du spectacle 1 h 10

Mardi 21, mercredi 22 et vendredi 24 mars à 20 h, jeudi 23  à 19 h

CDN

au CDN avenue Droz

Billetterie ouverte  le lundi de 14 h à 18 h, du mardi au vendredi de 13 h à 18 h, les samedis de représentation à partir de 16 h

03 81 88 55 11

Site web : cdn-besancon.fr/