Quand le monument Pergaud faillit disparaître du parc Micaud…1er article

Pour ce premier billet de l’année (le précédent, concernant la Croix de Palente, a été mis en ligne le 31 décembre 2016….), nous vous proposons de nous intéresser au monument Pergaud du parc Micaud. Pourquoi cet intérêt, en cette saison, pour un monument situé dans un parc?.. Tout simplement il s’agit d’abord de poursuivre le récit commencé sur ce blog, avec Flore,  le 16 décembre dernier.

Et pourquoi donc en ce moment? Parce que l’enlèvement, pour refonte, des monuments sous l’Occupation se serait produit la 3° semaine de décembre 1941 (leur sort a été évoqué dès la réunion d’un conseil municipal de janvier 1942).

Photo atuelle du monument Pergaud réalisé d'après une maquette de Bourdelle, au parc Micaud

Le monument Pergaud, aujourd’hui, au parc Micaud

Précisons de suite que nous sommes certains, puisque nous en avons retrouvé les preuves dans les archives municipales de Besançon, que 7 statues ou monuments bisontins ont bel et bien été retirés (M. Bernard Carré, membre du groupe Histoire, Patrimoine Mémoire des Chaprais, après avoir précisé  le calendrier des ces événements, précise même, que pour Flore, la statue avait été arrachée de son socle…). Ils ont été refondus sous la responsabilité du Groupement d’importation et de répartition des métaux qui gère ces opérations. On n’insistera jamais assez sur le fait que c’est une loi de Vichy (11 octobre 1941) qui, certes sous la pression  des occupants allemands, organise avec son administration, cette opération.  Donc écrire, comme nous l’avons fait nous-mêmes ( dans un article consacré à Proudhon), que ce sont les allemands qui ont fondu ces statues et monuments, procède d’un raccourci un peu sommaire.

Parmi les 7 concernés, 2 étaient érigés aux Chaprais : le général Jeanningros (voir l’article du 28/2/2015) et Proudhon (voir l‘article du 23/11.2013, mais nous y reviendrons, dans un prochain article, afin d’apporter de nouvelles précisions).

Et deux autres avaient également été retirés, mais ont échappé à la refonte : Flore et Pergaud.

Ce monument  consacré à Louis Pergaud a été réalisé d’après une maquette d‘Antoine Bourdelle.

Photo d'un côté du moniment Pergaud avec la liste de ses productions littéraires

Les différentes oeuvres littéraires de Louis Pergaud énumérées sur le monument réalisé d’après la maquette de Bourdelle

C’est M. Charles Léger qui l’aurait demandé à Bourdelle.  Charles Léger (1880-1948) est un ami de Pergaud (il a rédigé sur celui-ci une biographie). C’est aussi un historien et critique d’art ( il a écrit, entre autres, dans une petite collection intitulée Les Maitres de la peinture, collection dirigée par Georges Besson, l’ouvrage sur Courbet). Il est à l’initiative, sinon partie prenante, d’un comité constitué à Paris comme à Besançon en vue d’ériger un monument pour le cinquantenaire de l’écrivain. D’ailleurs, lors de son inauguration, en grandes pompes, en présence de deux ministres ( le ministre de l’Éducation Nationale M. de Monzie et le ministre du commerce M. Jules Durand), le maire de Besançon, Charles Siffert dans son discours rend  hommage à M. Charles Léger et évoque le sculpteur :

« …L’illustre artiste n’est plus là pour recevoir notre profonde gratitude…

Reportons nos respectueux hommages sur son admirable compagne, madame Bourdelle et son distingué collaborateur, M. Rudier qui ont voulu que la maquette laissée par le maître fut exécutée en bronze et édifiée selon ses désirs dans notre cité ». Précisons qu’Eugène Rudier était alors un fondeur célèbre à Paris, ami de Bourdelle, entre autres…

Photocopie de la "une" du Petit Comtois rendant compte de l'inauguration du moniment Pergaud le 19 juin 1932

La « Une » du Petit Comtois rendant compte de l’inauguration du monument

Pourquoi le choix de Besançon plutôt que Belmont son village natal. M. Charles Siffert répond, toujours dans le même discours  que Louis Pergaud n’est né à Belmont que parce que son père y était instituteur et qu’il quitta ce village à l’âge de 6 ans. Il passa son adolescence au gré des affectations de son père, à Nans sous Saint Anne, Guyans-Vennes et Fallerans .

Mais« …en réalité, c’est à Besançon que Pergaud a passé les années, sinon les plus heureuses de sa vie, du moins les plus fécondes »…Son père qui voulait que son fils devienne également instituteur, l’avait envoyé à l’école primaire supérieure de l’Arsenal de Besançon. Il passera le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs de la rue de la Madeleine…vous connaissez la suite…

Et pourquoi ce choix d’emplacement, pour ce monument?

pergaud

D’après ses biographes, cités par le maire, Louis Pergaud venait « …s’asseoir dans ce jardin Micaud pour y poursuivre ses méditations et ses rêveries »…(il avait alors perdu, en quelques semaines, son père et sa mère).

La"une" du journal L'Eclair Comtois, le même jour que le Petit Comtois ne rend pas compte de l'inauguration du monument

La « une » de l’Éclair Comtois le même jour que le Petit Comtois : rien sur l’inauguration du monument…

 

Photopie de la page 2 de l'Eclair Comtois : il est rendu compte de l'inauguration sur 3 colonnes seulement contre 2 pages complètes (dont la "une") et 4 colonnes page 3 du Petit Comtois...

En page 2 de l’Éclair Comtois, sur 3 colonnes seulement (2 pages complètes pour le Petit Comtois plus 4 colonnes en page 3), un compte-rendu de l’inauguration du monument

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chers lecteurs, vous allez penser, pour sûr, que nous sommes en train de vous noyer dans les détails!… Mais dans les épisodes qui suivront, vous comprendrez pourquoi nous nous sommes attardés sur Antoine Bourdelle, son épouse, et sur M. Charles Léger! Ces deux derniers, Antoine Bourdelle étant mort en 1929, joueront un rôle fort important sous l’occupation afin d’éviter que « notre » monument Pergaud soit envoyé à la refonte….

Sources : archives de la bibliothèque municipale de la ville de Besançon et son site numérisé Mémoire Vive.