Johannes RAU, prisonnier de guerre allemand, employé aux Chaprais …

couverture du livre d'Anne-Laure Charles sur les prisonniers de guerre allemandsUne étude historique très précise consacrée aux prisonniers allemands de la Citadelle vient de paraître. Il s’agit, bien sûr, des prisonniers qui se sont succédé d’octobre 1944 à avril 1948 à Besançon. Son titre : » LA CAPTIVITÉ DE GUERRE DE L’ARMÉE ALLEMANDE A BESANCON : La citadelle à l’époque du Dépôt 85, camp de prisonniers de guerre ». Son auteur? Anne-Laure CHARLES, historienne, doctorante, qui a travaillé auparavant, durant six ans à la Citadelle de Besançon comme guide-interprète et conférencière. Ce livre est publié chez Cêtre. En voici quelques extraits…

« Le Dépôt 85 de Besançon est l’un des neuf camps installés pour ces prisonniers dans la région militaire n°8 (Franche-Comté et Bourgogne). Près de 6500 y ont transité de l’automne 1944 au printemps 1948″. Les conditions d’emprisonnement y étaient plus que rudes, surtout dans les premiers mois d’existence de ce camp.  » Au total, la période du Dépôt 85 recense 408 décès s’échelonnant du 10 octobre 1944 au 10 août 1947″. Et  « …du début du mois de décembre 1944 à la fin du mois de mars 1945, 308 hommes perdent la vie soit presque 76% du total des prisonniers de guerre allemands décédés pendant leur captivité à Besançon ». Les causes de ces décès sont analysées avec précision et plus de la moitié d’entre eux.. « sont directement causés par une sous-alimentation extrême ».

Comme dans tous les autres camps, un certain nombre de ces prisonniers vont être utilisés à des tâches diverses dans cette économie de l’après guerre où il s’agit d’abord de reconstruire et relancer ce qui peut l’être. Des prisonniers sont ainsi mis à la disposition d’employeurs qui doivent effectuer toute une série de démarches administratives sous l’autorité de l’Inspection départementale du travail et de la main d’œuvre. Fin décembre 1945, Anne-Laure CHARLES dénombre quelques 4 416 prisonniers du Dépôt 85 employés dans des commandos de travail : forestage, travaux publics, industries, agriculture ou à différentes tâches militaires.

Photo de prisonniers de guerre allemands, hiver 44/45 à Besançon. De corvée de neige?

Prisonniers de guerre allemands à Besançon, hiver 44/45.  Photo musée de la Résistance de la Citadelle. Tous droits réservés.

 

C’est dans ce contexte qu’un employeur des Chaprais, M. Raffin, qui possède un atelier de garage rue des Cras, va employer, en 1947,  un prisonnier de guerre : Johannes Rau. Anne-Laure CHARLES a recueilli le témoignage d’Alain RAFFIN, le fils de cette famille de 13 enfants dont il est le quatrième. Et voici ce qu’elle écrit à ce sujet : « Alain Raffin évoque un jeune prisonnier d’une vingtaine d’années, très poli et travailleur; il le considère vite comme un membre de la famille : à voir la photographie ci-dessous,nous sommes loin des simples rapports employeurs/employés comme le voudraient les règles officielles ».

Photo d'une partie de la famille Raffin avec le prisonnier de guerre Johannes Rau

En effet celles-ci sont draconiennes. » L’employeur doit assurer le logement et la nourriture au prisonnier…ainsi que sa surveillance… le prisonnier n’a pas le droit d’être seul en dehors de son lieu de travail (il est alors considéré comme évadé) ni de manger à la même table que son employeur, ou encore sa chambre doit être fermée à clé. L’employeur, lui, dois payer une amende de 1 500 francs en cas d’évasion du prisonnier dont il a la garde ». 

Le prisonnier de guerre employé par M. Raffin, dans son atelier rue des Cras, Johannes Rau «  était dans les derniers mois de l’Occupation dans un régiment à côté de Bayonne : le débarquement, la fin proche du Reich et un grand sentiment de lassitude le font déserter. Il est rattrapé à Mulhouse, où il est tabassé par les Feldgendarmes et se retrouve plusieurs mois à l’hôpital de Belfort. Fait prisonnier il est ensuite transféré à la citadelle de Besançon. Alain, boulversé aujourd’hui encore, revient sur un événement tragique qui s’est produit dans la maison familiale, à cette époque : une de ses petites sœurs avait pour habitude de jouer dans le grenier, où était entreposée de la paille. Un jour, Johannes a vu des flammes et de la fumée en sortir, il s’est alors précipité pour retrouver la petite fille qui avait déjà fui, mais lui a été grièvement brûlé et a dû être hospitalisé plusieurs semaines. Ce geste du prisonnier « ennemi » à l’égard de sa sœur a profondément marqué Alain Raffin. Johannes Rau est resté en contact un certain temps après sa libération avec cette famille, puis la correspondance s’est éteinte. Alain l’a retrouvé dans les années 1980 : ils se sont mutuellement rendu visite et ont fait perdurer cette amitié jusqu’à la mort de Johannes en 2009″.

Le général von Brodowski, prisonnier à la Ciradelle a été abattu par une sentinelle de 26 octobre 1944 lors d'une tentative de fuite?

Un prisonnier célèbre, le général von Brodowski tué par une sentinelle le 28 octobre 1944 ( photo Musée de la Résistance de la Citadelle. Tous droits réservés).

 

 

Nous remercions vivement Anne-Laure Charles de nous avoir accordé l’autorisation de reproduire ces extraits de son livre, ainsi que M. Alain Raffin qui a accepté que nous publions son témoignage.

Nous ne pouvons que vous recommander de lire ce livre très documenté sur cet épisode trop peu connu de notre Histoire.