Le foyer du soldat allemand, aux Chaprais, sous l’occupation

petitcomtois
A la Une de son édition datée du 6 juillet 1941, Le Petit Comtois,  indique, photo à l’appui, que le Foyer du soldat allemand s’est installé dans les locaux du Casino de la Mouillère, le 1er Mai (1941)! Il y a donc 75 ans ! Voici ce qu’on peut lire dans cet article :

 » Depuis le 1er Mai le Foyer du Soldat Allemand est installé au Casino. Il y a quelques mois déjà, les Autorités d’occupation avaient demandé à la municipalité de Besançon, la disposition de l’établissement mais le conseil municipal avait soulevé diverses objections; on lui fit observer que si les bâtiments étaient occupés leur entretien serait plus facilement assuré. L’accord se fit alors rapidement et le « Foyer », jusqu’ici installé rue de la Préfecture, fut transféré au Casino.casino

Tout, disons le, est d’une propreté méticuleuse. La salle de boule a été transformée en une salle de ping pong et de billards; le Baccara de son côté a fait place à une bibliothèque-salon de lecture et de correspondance.

../.. Les amateurs de photo trouvent au premier étage une chambre noire.

../.. On a cherché à créer pour les soldats allemands, une sorte d’atmosphère d’intimité apte à rendre moins pénible l’éloignement de leur famille. »  ../..

 

Dans son ouvrage consacré à « La Franche-comté sous l’occupation allemande et sa libération » (éditions Marque-Maillard), Jean RICHE évoque les mesures de sécurité exigées par la Feldkomandantur, suite aux attentats commis à Besançon et sa région au printemps 1943, auprès de la Préfecture (lettre du 3 juin 1943). Les autorités allemandes imposent une surveillance des lieux sensibles par des agents de police, entre autres le Foyer du Soldat et l’hôpital militaire de l’avenue Fontaine-Argent.

Un agent doit donc surveiller, selon la Feldkommandantur, l’avenue Droz et un autre la rue de la Mouillère).

A la Libération, on a retrouvé le livre d’or du Foyer du Soldat. Voici ce que l’on peut lire à la fin de ce livre.

« Livre trouvé dans les décombres du Casino par l’ancien infirmier-major de l’hôpital complémentaire de 1917 L. Mouterde engagé volontaire 14/18 pour être remis à la bibliothèque municipale.

Dans le livre d'or du Foyer on trouve de nombreux dessins

Il prouve à toutes les pages le pourquoi des regrets immenses des occupants d’être obligés de quitter les lieux qu’ils croyaient tenir pour 1 000 ans.

N’importe dit un capitaine en partant nous avons passé à Besançon 3 années de Belle Vie.

Une cheftaine (sous-directrice du soldatenheim), sollicitée pour passer quelques excédents alimentaires aux pauvres du quartier, répondit en 1943 : Non! C’est nous les vainqueurs et vous les vaincus!

Dessin et texte dans le Livre d'or du Foyer

Cette cheftaine avait nom Iresse.

Avec une pareille mentalité orgueilleuse, comment prévoir une collaboration quelconque avec les nazis persuadés que leur race est supérieure à celle des autres peuples qu’elle a mission d’asservir en les pillant pendant 1 000 ans.

Ce qui est sorti du soldatenheim est formidable. Pendant 15 jours à la cadence de 4 à 5 camions par heure, j’ai vu sortir vins fins, provisions de toutes sortes, des tonnes de beurre fondu, de grains, de légumes, conserves,etc. et pour finir deux pleins camions de cognac en fûts.

foyersoldatC’était bien pour 1 000 ans que ces gens étaient installés chez nous.

Armée de l’empire nord-africain, FFI, Maquis, FTP, et qu’importe vos dénominations pourvu qu’elles soient françaises de cœur, soyez bénis de nous avoir libérés !

Jamais nous ne serons assez reconnaissants pour ceux qui généreusement ont donné leur vie pour cette libération.

foyer soldat dessin 9

Que l’union se fasse en France où nous devons éviter les discordes dont rient les boches nazis. F…, juifs, catholiques, protestants, arabes et tous les naturalisés ne cherchez  dans la démocratie non la lutte des classes mais l’union des classes.

Nationalistes, communistes, socialistes, etc. etc. ces épithètes ne doivent couvrir que des français. »

casinosalledesfetesvinsmouterdeEt c’est signé L. Mouterde, ou un nom approchant. Il s’agit vraisemblablement de Louis Mouterde qui tenait, dans l’entre deux guerres, un commerce de vins au 15 rue de la Mouillère.

 

 

 

 

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sources : Mémoire Vive, site de la ville de Besançon, archives municipales.