Le 6 juin 1944 aux Chaprais… et Mgr Dubourg….

L'Eclaireur, journal du sud de la France, informe du débarquement du 6 juin 1944 dans son édition du lendemain

La « une » de ce journal du sud le 7 juin 1944

Dans l’Est Magazine du 1er février 2015, on a pu lire, sous la signature de Jérôme ESTRADA :« Six juin 1944. L‘église Saint Martin des Chaprais déborde d’une foule de plusieurs centaines d’enfants, venus de toutes les paroisses de Besançon.

Vue de l'église des Chaprais en 1930

L’église des Chaprais en 1930

Deux jours plus tôt, ils avaient célébré leur communion solennelle. Ils sont là pour recevoir de Mgr Maurice Dubourg le sacrement de confirmation. La cérémonie s’achève lorsque, soudain, un événement inattendu survient. »Les enfants de chœur dont j’étais le thuriféraire se dirigeaient vers la sacristie quand l’archevêque stoppa le le mouvement, fit signe à l’assemblée de s’asseoir et prononça d’une voix forte cette formidable annonce : « Ce matin, à l’aube, les forces alliées de libération ont  débarqué en Normandie » se souvient Bernard Besançon. C’est d’abord la stupeur, puis des cris d’allégresse. « Les fidèles propagèrent l’incroyable nouvelle sur le chemin du retour dans les quartiers de la ville pendant que, sur ordre de l’archevêque, sonnaient à toute volée l’ensemble des cloches de la cité ».

Chaque soldat américain débarquant en Normandie avait reçu un livret de débarquement, rédigé en anglais, avec des conseils pratiques

Le livret du débarquement remis à chaque combattant américain.

Curieusement, la presse, le lendemain, rendit compte de cet événement d’une façon mesurée. Le Petit Comtois avait cessé de paraître le 22 mai 1944, sur ordre des allemands. L’Éclair Comtois avait cessé de paraître, lui, en 1939.Mais l’évocation du débarquement nous permet d’aborder la personnalité de Monseigneur Dubourg.

Photo de monseigneur Dubourg archevêque de BesançongD’autant plus que cet archevêque jouera un rôle important dans la vie d’un abbé bisontin qui habita la plus grande partie de sa vie aux Chaprais et auquel nous aurons l’occasion de rendre hommage en lui consacrant un billet.

Maurice-Louis Dubourg est né à Besançon le 8 août 1878. Après un bac philo au collège Saint-Jean, il fait des études de droit à la faculté de Besançon, études qu’il termine à Paris où il deviendra avocat. Nous n’allons pas exposer dans ce billet toute sa biographie : vous pouvez, si cela vous intéresse, vous reporter à la chronique de Joseph Pinard, publié dans le BVV de février 2004, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, sous le titre « Le Jean XXIII de Franche-Comté »; ou encore à l’article de encyclopédie, sur le net, wikipédia.

Rappelons cependant quelques faits marquants. Après avoir débuté sa carrière d’avocat à Paris, il décide de devenir prêtre en 1906 et entre au séminaire Saint-Sulpice d’Issy les Moulineaux.Photo de Maurice Dubourg au séminaire

Il est ordonné prêtre le 3 juillet 1909 et commence comme vicaire à Vesoul. Durant la première guerre mondiale il est aumônier militaire et brancardier. En 1919 il est nommé à la direction des oeuvres de l’archidiocèse de Besançon.

Fascicukle des discours prononcés à l'occasion du départ de Mgr Dubourg de Marselle.

Le départ de Mgr Dubourg de Marseille

En 1928, il devient évêque de Marseille où il restera jusqu’en 1936 avant d’être nommé archevêque à Besançon (il est intronisé le 18/04/1937).

Il vivra toute la seconde guerre mondiale à Besançon. Et durant cette période, il affichera des positions singulières.

Tout d’abord, alors que les troupes allemandes occupent Besançon le 16 juin 1940, il déclare dans un prêche du 23 juin :

« Disons le bien haut, c’est trahir la patrie et l’honneur que d’accueillir comme des amis ceux qui viennent chez nous, si corrects soient-ils, avec le seul droit de la force. Donnons leur ce que nous ne pouvons leur refuser : c’est la loi de la guerre. Soyons corrects mais ne soyons pas serviles. A plus forte raison, ni sourires de complaisance, ni familiarité. Restons dignes…la guerre n’est pas finie. Et nul ne sait ce que réserve l’avenir. « 

A la suite de la publication de ces propos dans le bulletin La Semaine Religieuse, cette publication est saisie et le vicaire responsable sera placé en garde à vue durant 10 jours!

On pourrait donc croire que Mgr Dubourg deviendrait résistant..Mais pas du tout : il soutient le chef de l’État, le maréchal Pétain qu’il juge légitime. En janvier 1941, il déclare : « Soumis à l’autorité religieuse comme notre foi nous en fait devoir, nous respectons, nous vénérons et nous aimons le chef de l’État ».Il aura une position très ambigüe également sur le service du travail obligatoire en Allemagne (STO). Durant toute la guerre il multiplie les appels à la prière. Personnage complexe, emblématique de cette époque, certes, mais qui défendra toujours des valeurs qu’il juge fondamentales comme ce fut le cas au début de l’occupation, ou quelques années auparavant, en janvier 1939 lors de l’accueil 1 350 réfugiés espagnols à Besançon (accueil difficile ce qui fit dire à Mgr Dubourg, s’adressant aux catholiques bisontins « Nous vous en supplions, n’endurcissez pas vos cœurs… »

Il meurt le 31 janvier 1954 et sera enterré au sein du monument Notre Dame de la Libération qu’il avait appelé de ses voeux.

La une de l'hebdomadaire catholique de l'archevêché de Besançon lors du décès de Mgr Dubourg

La Une de Cité Fraternelle annonçant le décès de Mgr Dubourg

Quant au 6 juin 1944, il semble donc, qu’à Besançon,  la nouvelle du débarquement se soit répandue à partir des Chaprais….

Sources:  Bibliothèque d’archives et de conservation, Besançon,Archives Diocésaines Besançon, encyclopédie Wikipédia, article de mr Joseph Pinard BVV février 2004, Dominique Lambert, thèse sur Cité Fraternelle.

Ne manquez pas le billet qui paraîtra, dès ce samedi matin, sur l’architecte André Boucton et sa maison art déco du 8 rue Grosjean.