Le ruisseau Fontaine-Argent

Canalisé, traversant des jardins et vergers, ce qu'il reste du ruisseau avant de devenir souterrain

Ce qui reste visible du ruisseau, aujourd’hui

Le ruisseau de Fontaine Argent s’en retourne à la mer sans passer désormais par Port Douvot.  Déversée dans le collecteur Ouest, son eau limpide troublait la « soupe » des bassins de la station d’épuration. Il va retrouver (enfin presque) son lit d’origine pour se fondre dans le Doubs, comme avant, à Micaud. Dans son nouveau parcours obligé, il ne côtoiera plus que les eaux pluviales. Au-delà du mauvais traitement que nous lui avons infligé, ce ruisseau mérite notre respect pour sa participation à l’alimentation en eau de Besançon.

Au XV° siècle, la ville renaît progressivement. Elle compte 8 000 habitants. L’aqueduc gallo-romain d’Arcier est hors d’usage. En 1457, faute de pouvoir se raccorder aux sources de Bregille, suite à un conflit juridique avec l’Archevêque pour destruction de biens épiscopaux à Bregille village par sécurité à l’approche de troupes d’écorcheurs, la municipalité décide de capter le ruisseau de Fontaine Argent. La source est à hauteur de la Place des Lumières, rue de Chalezeule, derrière le centre social, à côté d’une poudrière enchâssée dans la pointe sud du Fort Benoit. L’altitude est celle du Fort Griffon, 45 mètres au-dessus du Doubs. Le débit est de 2,5 litres/seconde pour alimenter 4 fontaines aux emplacements successifs des places Bacchus, Jouffroy, Saint-Pierre et Victor Hugo. Le réseau est constitué de troncs de bois évidés reliés par des viroles à fer plat. Le système a ses limites. En 1559, le réseau est enfin raccordé à deux sources situées sur les contreforts de Bregille village. Le débit passe à 4,5 litres/seconde. Les Bisontins complètent avec la rivière, la source d’Isenbart, les puits, les citernes … c’est la galère.

Le ruisseau Fontaine-Argent apparaît sur cette photo ptise lors des obsèques des victimes de la catastrophe de Montfaucon le 16/09/1906

Photo prise lors de l’enterrement des victimes de la catastrophe de Montfaucon le 16/09/1906. Rue Tristan Bernard : à gauche on aperçoit le ruisseau Fontaine-Argent et la guérite de l’octroi

L’amélioration viendra du retour des eaux d’Arcier, en 1850. Il a fallu 3 maires pour que le projet devienne réalité : Micaud, Bretillot et Convers. On est à 100 litres/secondes.  Les particuliers peuvent être raccordés. Mais en l’absence de compteurs (imposés en 1924) on déplore une surconsommation difficilement maîtrisable. Par ailleurs, il faut étendre le réseau à la banlieue qui s’urbanise : Chaprais, Saint Claude, Saint Ferjeux. En 1874, les sources de Bregille alimentent les parties basses de Bregille et des Chaprais jusqu’à 267 mètres d’altitude. En 1875 le ruisseau de Fontaine Argent reprend  du service pour les parties hautes des Chaprais et la Viotte. Mais en août 1888,  les Chaprais subissent 60 cas de typhoïde. Nouvel épisode épidémique l’année suivante. L’origine : des fosses d’aisance et des dépôts de fumier de riverains du ruisseau. Voir billet du 7/09/2013 ou saisir docteur Perron dans le moteur de recherche de ce site.P1030892

On renonce à cet approvisionnement. Les Chaprais sont alimentés désormais par la source du Bois d’Aglans (Chapelle des Buis) via la Boucle et les Glacis et par Arcier en cas de sécheresse. Mais les eaux d’Arcier sont elles aussi suspectées. En 1893, on constate de nouveaux cas de typhoïde à Besançon provenant de pollutions domestiques à Nancray.  En 1915, on procède à la javellisation de cette eau. En 1891, il restait aux Chaprais trois abonnés à l’eau de Fontaine Argent qui alimentait encore la fontaine Flore et les bouches à incendie du quartier.

La fontaine Flore a longtemps été alimentéepar le ruisseau Fontaine-Argent

La fontaine Flore alimentée par le ruisseau Fontaine-Argent

En 1926, le ruisseau du Clair Soleil devient collecteur d’égout alors qu’il accueillait encore des écrevisses et en 1984 il sombre dans le collectif Ouest. Canalisé et enterré sur son parcours de 2 km, il est cependant toujours visible dans son état originel, au long des jardins et vergers fort bien tenus entre le chemin de Brulefoin et la voie ferrée. Rendez-lui visite. L’hommage n’est point superflu.

Texte et photos de Christian Mourey