Portrait de Jacqueline Ardiot

Interview de Jacqueline Ardiot, institutrice en retraite

réalisée le 9 août 2011 republiée le 2 novembre 2014
Jacqueline Ardiot
Depuis quand êtes vous dans le quartier ?
Depuis 82 ans en octobre, sauf 5 ans.
Je suis née au 2 rue de l’Eglise (actuellement le laboratoire d’analyse). A l’époque, c’était une maison à locataires.
2 rue de l'église en 1930
Au rez de chaussée, il y avait un coiffeur dont la devanture était violette et un grand porche communicant avec une cour où se trouvait l’atelier d’un maréchal-ferrant qui avait beaucoup de travail avec les chevaux du relais situé en face (devenu une banque).

Auberge du cheval blanc rue de Belfort

Jacqueline Ardiot en classe

Jacqueline Ardiot en classe

Et depuis 1931, j’habite rue des Tamaris.
Vous sentez-vous chapraisienne ou de Palente ?
Dans ma tête, je suis chapraisienne. J’ai appris récemment que pour la mairie, ce côté de la rue des Tamaris ne faisait pas partie des Chaprais. Pour moi, Palente commençait à la croix de Palente. Mais cela m’est égal, pour certaines choses, comme la poste et la bibliothèque de la MJC, je vais place des Tilleuls, pour le reste, je vais aux Chaprais.

pharmacie Butsch Rapin rue de Belfort

Par exemple, par tradition, je vais à la pharmacie Gauthier où mon père était préparateur en pharmacie avec les pharmaciens de l’époque : M.Butsch et M.Rapin.
Quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai été institutrice. En sortant de l’école normale, j’ai été nommée dans une classe unique dans un petit village (Grandfontaine sur Creuse, près de Vercel). Puis je suis revenue à Besançon.
Après un stage à Suresnes, j’ai passé le CAP des écoles de plein air et signé un contrat où je m’engageais à enseigner 4 ans dans ce genre de classe pour enfants ayant une santé fragile ou souffrant de tuberculose. En tant que maître spécialisé, le salaire était un peu plus fort. Je faisais une demi-journée au préventorium des Salins de Bregille avec 32 enfants le matin (pas toujours les mêmes, ceux qui n’avaient pas de fièvre) et une demi journée en aérium avec 24 enfants. Ces enfants venaient de toute la France. On était censée offrir une sorte d’enseignement individualisé, chaque élève devait avoir son plan de travail. C’était très difficile à gérer.

Ecole des Chaprais rue de Belfort
Après 5 ans à l’école Edouard Herriot aux Orchamps, je suis venue à l’école des Chaprais jusqu’à la fin de ma carrière.
Quel souvenir gardez-vous de cette période d’enseignement aux Chaprais ?
Un souvenir très agréable. Il y avait une bonne ambiance entre les maîtresses. Au début, il y avait plus de 30 élèves par classes, puis avec la construction de l’école des Vaites et des Clairs Soleils, les effectifs ont baissé. Il y avait des fêtes, une kermesse. Les parents venaient nous voir, participaient par exemple à l’encadrement du voyage de fin d’année. La coopérative aidait au financement de ces voyages scolaires. On avait fait le choix de privilégier les CM2 pour les voyages longs par exemple au Château de Versailles. Car ce qui intéresse les petits, c’est le pique nique ! Un déplacement à la Citadelle ou dans la forêt de Chailluz est préférable.
Quels sont vos loisirs ? Faites vous partie d’associations ?
Il faut dire que dans ma jeunesse, je n’avais guère de temps libre. A l’école normale, on était interne. Je ne regrette pas la formation : on faisait des stages non seulement dans des classes mais avec des assistantes sociales, des stages de gym, de ski etc … Jusqu’à ma retraite, j’ai été syndiquée (au SGEN) et  je fais partie de la Fraternelle des instituteurs. J’ai fait de la gym aux Oiseaux, puis c’est devenu trop dur. Nous sommes plusieurs à avoir eu des problèmes de santé, désormais nous participons à la MJC au  cours « équilibre et mémoire » animé par Mme Bernadette Bernard. Quand on est âgé, on ne sort plus guère. Il y a encore quelques temps, j’étais abonnée avec une amie au théâtre (le CDN) La journée, je prends le bus pour aller en ville. Grâce à mes neveux, je suis « branchée ». Après les cours d’histoire de l’art à l’université ouverte, je peux par exemple rechercher d’autres informations sur Internet. J’ai la chance d’avoir un jardin. Evidemment, la rue a bien changé.
Que pensez-vous du quartier des Chaprais ?
Je ne peux guère expliquer, c’est mon quartier, j’y ai toujours vécu. Il me plait bien, pas trop loin de la ville, on est vite sorti de la ville pour aller à la campagne. On trouve tout sur place. Il y a encore de la verdure, des arbres, surtout du côté de la Cité Parc des Chaprais.

Qu’est-ce qui a changé dans votre rue et aux alentours ?
Quand mes parents ont construit ici, en 1931, il n’y avait pas de nom de rue. C’était le 139 bis rue de Belfort. Il y avait beaucoup de maraîchers MM Vichet, Sainty etc … Un peu plus bas il y avait « le château » En réalité, on ne le voyait pas derrière le mur et les haies. Mais il y avait un chien qui nous faisait très peur. Les gens de l’hospice protestant qui sortaient un peu voulaient s’asseoir sur le mur, mais le chien ne les laissait pas tranquille en passant sa gueule entre les barreaux de la grille. Les enfants jouaient au ballon rue Papillon et parfois le ballon franchissait le mur, il fallait être courageux pour aller le rechercher !

Le "château" avant la Cité Parc des Chaprais

Nos voisins étaient souvent facteurs ou cheminots. Il y avait encore des commerces de proximité. C’est dommage que de tels commerces de proximité aient disparus, mais il faut dire que les gens préfèrent aller jusqu’à Chalezeule  à l’hypermarché pour payer moins cher.
Maintenant, il y a des immeubles qui se construisent partout, remplaçant les petites maisons. Heureusement au bout de mon jardin, ils ne sont pas trop hauts.

Jacqueline Ardiot dans son jardin
Quels autres changements retenez-vous dans le quartier ?
Ce qui frappe, c’est la multiplication des immeubles par exemple, la rue Pierre Semard n’existait pas, c’était un simple chemin de cailloux. Le terminus du tram rue de Belfort se trouvait à proximité, où l’on a construit cet immeuble avec des commerces à la place d’un magasin « économique ». Il y avait déjà un café au coin de la rue Résal,  mais de petites maisons à la place du parking en face.
Rue de Belfort de la rue Pierre Semard

L’été, les gens sortaient les chaises et s’installaient sur le trottoir, on se parlait, on connaissait tout le monde.
Je me souviens aussi étant enfant, je voyais passer les soldats qui montaient la rue de Belfort pour aller faire des manœuvres au polygone qui se trouvait à l’époque à Palente. Je les trouvais vieux, alors que plus tard, je trouvais bien jeunes ceux qui partaient faire leur service.
Quel autre souvenir avez-vous conservé de votre jeunesse ?
La guerre, nous a marqué.
L’événement qui a ébranlé le quartier, ce fut le bombardement du 16 juillet 1943. Les Anglais ont lancé une centaine de bombes qui devaient détruire la gare. En réalité, dans la nuit du jeudi au vendredi vers 1 heure du matin, 10 immeubles furent détruits et il y eut 51 morts. Depuis cette nuit, j’ai eu peur pendant longtemps dès que j’entendais le ronflement de n’importe quel avion.
rue de Belfort bombardée
A l’école, on faisait des exercices avec le masque à gaz : il fallait se terrer dans des abris souterrains creusés dans la cour. Nous n’avions pas grand chose à manger, en sixième en 1941, on nous distribuait un bol de soupe pour goûter. Mais certains enfants n’avaient rien d’autre à manger le soir.

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