Thérèse et Michel Vieillard

Thérèse et Michel Vieillard

Thérèse et Michel Vieillard

interview n° 26 réalisée le 26 janvier 2010

Décembre 2013 : Michel Vieillard fête ses 90 printemps
Depuis quand êtes-vous dans le quartier des Chaprais ?
Depuis 1952, d’abord rue des Chaprais puis rue Baille où l’on a construit une maison qui devait être assez grande pour loger nos 7 enfants.
Etes-vous originaires de la région ?
Oui, du Haut-Doubs. Moi je suis originaire de Maîche,
Thérèse, mon épouse est née dans la Meuse, mais son père était né à Charquemont
Quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai travaillé 45 ans dans l’imprimerie, d’abord à Maîche, puis successivement dans 5 entreprises de Besançon. J’ai commencé chez Chaffanjon, c’était derrière la librairie qui était au 74 de la Grande Rue, puis j’ai été chez Gerst, rue des Villas dans le quartier des Chaprais. C’est là que j’ai connu le plus grave accident : un gars s’est fait prendre le bras dans la rotative. J’ai continué à l’imprimerie Eblé, puis chez Jacques et Demontrond, pour finir à l’Imprimerie de l’Est, rue Ronchaux avant d’entrer à L’Est Républicain. J’ai effectué successivement les trois métiers : typographe, linotypiste et correcteur.

Quel enseignement avez-vous retenu de ce travail ?
Tout d’abord, sans emploi, nous ne sommes rien. Comment supporter tout ce chômage actuellement ? Je ne gagnais pas beaucoup comme ouvrier, c’était dur pour finir le mois avec la maison à payer. A la fin, je gagnais davantage, mais en travaillant tous les samedis et dimanches. J’ai eu la chance de faire ce métier, on a dit que c’était le plus beau des métiers, car par l’écrit, il fait partager les connaissances. Je n’avais que le certificat d’études, j’ai beaucoup appris dans mon travail, j’ai rencontré des gens passionnants, des écrivains. J’ai toujours aimé la lecture, la réflexion, la philosophie. On se forge une conscience politique à côtoyer d’autres ouvriers, certains anciens avaient connu ceux qui avaient participé aux grandes luttes, même à la Commune de 1871. Il y avait une très forte tradition syndicale.

Avez-vous participé à l’action syndicale ?
Oui, parfois à la CGT qui avait le monopole dans les grandes imprimeries, plus longtemps à la CFDT. Avec Thérèse, nous avons soutenu modestement les travailleurs en lutte tant de la Rhodia, du Préventorium de Bregille, que ceux de Lip.
Il faut dire que nous participions à l’ACO. Nous étions encouragés par des prêtres comme les Pères Joseph Guillemin et Michel Droz-Vincent. Mes enfants ont été actifs à la JOC et d’ailleurs il y a toujours un autocollant de la JOC sur notre porte d’entrée. Encore actuellement, l’injustice me révolte. Dans l’Eglise on parle de charité, mais on oublie parfois la justice qui est essentielle. Malgré mon âge, je vais encore donner un coup de main à la Banque alimentaire à Palente.
En dehors de l’activité professionnelle et syndicale, avez vous d’autres passions ?
Oui, j’ai toujours aimé la musique. J’ai commencé la clarinette à Maîche. Puis je me suis mis au violon, j’ai été recruté dans l’orchestre philharmonique de Besançon, j’y ai joué pendant 13 ans. J’ai animé 10 ans une chorale. Encore aujourd’hui, j’écoute beaucoup de musique classique, Mozart et Bach sont mes préférés. J’aime bien aussi le jazz de Stéphane Grappelli. Je rejoue de la clarinette. J’aime la lecture, actuellement je me passionne pour la vie et les engagements de Germaine Tillon.
Je m’intéresse à ce qui se passe dans le monde. Nous avons eu la chance de recevoir beaucoup d’étudiants étrangers du CLA, cela nous a permis de payer notre maison, trop grande au départ des enfants. Mais, c’est surtout très enrichissant sur le plan culturel de vivre et discuter avec des Américains, des Allemands et Suisses-Allemands, voire des Chinois. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de découvrir la Chine dès les années 70. Depuis, elle a bien changé !
Que pensez-vous du quartier ?

L'église Saint Martin des Chaprais depuis la rue Baille

Je ne ressens plus de vie de quartier. Avec une voisine, nous sommes les seuls habitants de notre bout de rue avec en face de nous, l’église et le cimetière, plus haut il y a le parking de l’annexe de l’hôpital de Novillars.

Rue Baille, l'école des Chaprais

Heureusement, il y a l’école des Chaprais qui met un peu d’animation. On entend encore les cris des enfants en récréation, mais on ne voit plus passer d’enfants sur le trottoir. En revanche, on voit de plus en plus de voitures. J’ai écrit à la municipalité, en mars 2008, en citant la phrase d’un écrivain américain, Lewis Mumford qui, parlant des grandes cités : « …assigne à leur déchéance deux causes principales : l’éclatement du site urbain par la prolifération de l’habitat ; l’invasion à la fois effrénée et encouragée de l’automobile « . Aujourd’hui, la première cause citée est assurément prise à la légère par la municipalité, la seconde est, semble-t-il, le remède trouvé par nos dirigeants pour juguler la crise. Je déplore les constructions immobilières qui entassent les gens.

Au n° 2 de la rue des Jardins : l'immeuble Le Marly

L’immeuble Le Marly au numéro 2 de la rue des Jardins

En 1966, j’ai vu la construction du Marly, maintenant, cela construit partout, en particulier rue de l’Eglise. Avec tous ces immeubles, ce sont les voitures qui envahissent nos rues et les trottoirs.

Rue de l'église difficultés de stationnement

S’il y a une vente à la salle des ventes et un office à l’église, sans parler d’une sortie des classes, c’est infernal dans la rue de l’Eglise et aux alentours.
Vous n’êtes donc pas un adepte de la bagnole ?

Non, j’utilise la voiture de plus en plus rarement, pour aller dans la famille à Saint-Vit ou dans la Meuse. Je m’efforce de marcher tous les jours. Je fréquente des commerces du quartier : le Viva , le supermarché Casino, les boulangers de la rue de Belfort etc … Le problème, c’est que les trottoirs ne sont pas toujours praticables, on est souvent obligé de descendre sur la chaussée. J’ai écrit souvent à « l’Est Républicain » ou à la mairie, ou je téléphone à Proxim’cité. Je ne sais pas si cela sert à quelque chose. Ma première lettre date de 1976, je réclamais au maire des pistes pour vélos… J’étais un pionnier. L’adjoint de l’époque m’a répondu qu’il n’y avait pas assez de cyclistes pour les utiliser !
D’autres choses vous agacent ?
Oui, la façon dont nos dirigeants jonglent avec notre argent. Que ce soit au niveau national, le scandale des dizaines de millions de vaccins contre la grippe A commandés aux industries pharmaceutiques, ou au niveau local, par exemple ce clocher de l’église Saint Martin qui a déjà été colmaté en 1992 avec du béton de mauvaise qualité et qu’il faut refaire pour éviter les chutes de ces pierres artificielles.

Eglise Saint Martin des Chaprais

 

Voir la page consacrée à la rue de l’église

celle consacrée à la rue des Jardins

 

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